Je sais qu’il y a toujours deux façons de voir les choses. Il y a la façon positive : Mathieu manquait de plaquettes, il a été transfusé cet après-midi, puis nous sommes rentrés chez Payak et Mimo.

Et il y a... la version longue. Force est de constater qu’aujourd’hui ça été le summum du tout. A la décharge du CHI, grâce à la référence de l’ultime nullité (qui a dit que j’avais cité le CHU ?), sans le côté "je-men-foutisme" au contraire.

Episode 1

Ce matin après le passage aux urgences pédiatriques du CHI, le médecin m’a demandé de présenter Mathieu vers 15h en service de pédiatrie (le 2ème pour ceux qui connaissent). A 15h donc nous arrivons. Personne... je veux dire aucun soignant disponible. Las, je finis par "toquer" à la porte du "local". J’entends un lointain "IL est arrivé"... puis... rien... enfin si : je retoque 5 minutes plus tard et là une infirmière me dit "on cherche où on va l’installer"... mauvais signe. Sachez le, si une infirmière vous dit ça : c’est la merde ; il n’y a pas d’autre mot.

Finalement, une attente plus tard (pendant ce temps, je précise, on est au milieu du couloir de pédiatrie générale avec tous les gamins malades, leurs familles etc). Elle m’indique la chambre en face et me demande de déshabiller Mathieu de suite, car les plaquettes sont là. Ok on rentre dans la chambre mais je suis suspicieux... et à peine j’ai mis les pieds dedans que je marche dans ... j’ose même pas dire le mot. Donc on ressort de suite et là je lance un improbable "Y a-t-il quelqu’un pour nous aider ?"... évidemment tout le monde constate que non la chambre n’a pas été nettoyée (et que le prédécesseur était une nombreuse famille de porcs). Et que donc non pas possible de mettre un enfant en aplasie dedans. Retour dans le couloir donc... une âme charitable propose un chaise à Mathieu qui ne tiens plus debout (mais pas à moi hein).

15h30... finalement le médecin passe une tête et m’explique gêné que c’est la mouise qu’il manque une infirmière et que si ça nous dérange pas trop, on va installer Mathieu dans un "lit-porte" aux urgences vu que c’est juste pour une transfusion.

Note : précision pour ceux qui ne connaissent pas les lieux. Bien que le CHI ne soit pas immense, on peut dire que les urgences pédiatriques sont à l’opposé du service de pédiatrie générale. Moi, très malin je m’étais garé du côté... bon devinez lequel puis à quelle image j’ai pensé à cet instant... (sachant que comme j’ai pas le macaron je peux pas me garer dans le parking du CHI).

Episode 1 - le retour

Je passe les épisodes où je porte Mathieu dans mes bras à travers l’hôpital, 3 étages d’escaliers, les sous-sols... nous arrivons à l’autre bout et heureusement une aide-soignante nous accueille et m’indique une chambre propre et libre. Je précise de suite que c’est une chambre "unité d’hospitalisation de très court séjour". Traduisez : 4 murs, un lit, pas de chaise. Une autre âme charitable m’apporte une chaise... tout confort spécial ruine-dos.

Je demande comment laver les mains de Mathieu... regards inquiets... eux pas comprendre la question... mains-savon-ou-SHA-pardon-gel-hydro-alcolique pour MATHIEU (pas pour vous hein) ? Mieux compris : RIEN. Je me résigne et vais jusqu’au distributeur de SHA placé à 2m de haut, je fais un petit volcan avec (non pas la purée) ma main et zou on se débrouille façon camping (normalement j’ai ma petite bouteille sur moi, mais elle avait disparu).

Les infirmières arrivent avec le charriot, qui nous suit depuis le service de pédiatrie et qui a donc traversé tout l’hôpital, sur lequel tout le soin est préparé... Voyez le niveau d’asepsie... Heureusement (?!) elles s’équipent, se lavent les mains, portent un masque ! Je n’ai même pas besoin de râler comme ce matin (1 sur 3 entrantes, la puer en plus, ne portait pas de masque et ne s’était pas lavé les mains).

Episode 2 - On va commencer

15h45, l’AS a installé le MEOPA et démarre l’inhalation. Je suis étonné mais visiblement elles travaillent de concert.

16h00 l’infirmière n’est toujours pas prête (préparation des tubulures, remplissage avec serum phy en pression positive, compresses sur champ, etc)... trop tard 20 minutes de MEOPA + la fatigue +... Mathieu vomit intégralement son repas dans le masque. Il y en a partout. Il est couvert sur toute la partie haute : les yeux, le nez, les oreilles, tout. L’AS me crie de le basculer [merci je ne l’avais pas attendue]... mais Mathieu a toujours des spasmes... elle n’a pas la bonne idée d’aller chercher un haricot. Tant pis le reste finit de maculer ce qui ne l’avais pas été.

Alors comme c’est un UHCS, évidemment pas de douche, pas de gant, pas de serviette (ou de drap faisant fonction), au bout d’un moment je prends le drap du lit (déjà bien sale et m’en sert pour dégager les yeux de Mathieu). L’AS finit par porter des gants jetables mais pas stériles du tout (ils ont dû trainer des jours là dans le présentoir)... et horrifié je la vois le passer sur le visage (bouche ?) sur l’implant etc... Ca étale plus que ça nettoie... Dans la chambre il fait chaud, ça pue le vomi. Mathieu est HS (effet du MEOPA). Je me lance dans le grand nettoyage...

Episode 2 - ha ben non

16h30 Mathieu est enfin "sec" (mais il pue le vomi le pauvre ! et rien pour mieux le laver). L’infirmière pose enfin l’aiguille et on peut enfin démarrer la Polaramine... [NB : Anti-allergique obligatoire avant les plaquettes]

Episode 2 - bin si

La suite va s’enchainer mais avec de longs... très longs interludes... car nous sommes aux urgences. C’est samedi soir... devinez.

En plus moi j’avais eu la riche idée de demander (avant tout le binz) que son injection de Granocyte soit faite dans l’implant (plutôt que de lui faire une SC en plus). Du coup on a eu le rab d’une heure de plus...

Vers 17h00 Mathieu complètement KO tombe comme une masse malgré la lumières, l’AS et l’infirmière qui parlent fort. Il faudra le passage du médecin 1h30 plus tard avec sa grosse voix pour le réveiller (en avance).

Conclusion : pour une transfusion qui si tout est organisé prend 1h/1h15 tout compris (anti-allergique+transfusion+rincage+soins de KT avant et après) nous a pris 4 heures facile.

Comique de situation

J’ose à peine vous dire mon état d’esprit quand régulièrement une tête dépassait en ouvrant la porte pour dire "tout se passe bien ?". Avec tous les gamins malades qui sont dans le couloir en plus...

Je ne parle même pas du médecin qui ne porte pas de masque, ne se lave pas les mains... Même s’il n’a pas touché Mathieu...

Franchement côté gestion de la neutropénie profonde on ne pouvait guère faire pire (sauf à s’y mettre à plusieurs à lui tousser dessus). Si Mathieu n’a pas de fièvre dans les jours qui viennent ce sera un miracle !

Il n’y a personne vraiment à blâmer, chacune a fait son possible pour "aider" mais franchement dès lundi on verra avec le médecin qui gère Mathieu qui est aussi responsable des urgences pédiatriques parait-il. Mais un sketch comme ça c’est ni fait ni à faire !

Epilogue

Je termine en parlant de Mathieu. Il a été impérial. Il a écouté mes "consignes" et couvert de vomi il n’a pas ouvert les yeux (sinon infection+ brulures). Il a expliqué au moins 5 fois à l’infirmière que son cou le brulait (bah oui le vomi c’est agressif sur une peau de petit sous chimio et l’étaler ça nettoie pas des masses) mais elle n’a pas compris. Le soir, Agnès et moi avons dû nous y reprendre à deux fois pour tout faire partir et sa peau a commencé à avoir des marques d’irritation.

Le petit pouyou a aussi laissé l’infirmière poser l’aiguille sans MEOPA et il n’a pas bougé d’un poil. Ainsi que tous les soins, les manipulations qui ont suivis, il a coopéré à 200%. Juste, il a signalé après avoir vomi qu’il avait soif... mais évidemment pas d’eau "capsulée" pour lui (mais j’avais prévu le coup) ni de verre ou de gobelet stérile/désinfecté dans le service...

Mieux il s’est retenu pendant 4h parce que les toilettes collectives avec une tubulure de 1m sans pied (attachée au lit)... j’ose à peine imaginer le sketch supplémentaire... et le risque infectieux supplémentaire...