Certes, nous ne sommes pas jour pour jour 4 mois après, mais qu’importe.

Je veux commencer ce billet par quelques « explications ».

  • Je n’ai pas forcément lu tous vos commentaires, réponses, mails, messages divers. Non que je m’en désintéresse, mais que l’émotion la douleur est toujours là et est parfois insurmontable. J’en ai lu, beaucoup, relu, de plus en plus.
  • Il est difficile, de plus en plus difficile pour moi d’écrire sur ce blog. Pour plusieurs raisons. La première est que beaucoup de ce que j’aurai envie d’écrire peut relever du personnel, de l’intime, et que ce n’est pas forcément judicieux, étant donné ce que je vais bientôt faire. L’autre est que ce blog a été fait pour parler du combat contre la maladie, non pour évoquer la mort.
  • Puisque je cite le mot, disons le clairement, outre l’impact psychologique lourd de conséquences longuement évoquées dans le texte que j’ai cité dans un précédent billet, a tendance à en éloigner plus d’un de nous. C’est triste, difficile à vivre, en rajoute à la situation, mais il semble, les témoignages le montrent, que ce soit inéluctable. Du coup, j’ai de moins en moins envie de m’exprimer "publiquement" sur le sujet.

Le présent

Le présent est consacré non seulement au quotidien que nous partageons tous mais a des activités parfois lourdes ou étranges que je n’imaginais pas forcément.

La priorité pour moi, pour nous, est de faire en sorte que la petite sœur chérie du petit Pouyou puisse prendre sa nouvelle place dans les meilleures conditions possibles. De fait, la lutte contre le cancer a fait murir prématurément Mathieu sur bien des points et cela semble être très fréquent dans ce genre de situation, mais je ne peux que constater qu’il en va de même pour sa petite sœur, ce qui n’a rien de simple ou d’aisé.

Qui dit vie "ordinaire" dit retour, progressif, aussi vers une activité professionnelle. En ce qui me concerne, les problèmes que j’avais rencontré au début de la maladie, avec mon employeur, ne se sont pas arrangés lorsque j’ai sollicité ma reprise il y a déjà plus de 3 mois de cela maintenant.

Demander à reprendre le travail, à ne plus être "remplacé", pourrait être simple mais non... même ça ne nous sera pas épargné... la suspension de salaire en toute illégalité, les menaces de sanctions en tous genre, les paroles assassines ("vous devriez vous estimer heureux", "on vous a fait une fleur", "d’autres sont restés à la porte"...)... ne font que m’interroger sur la nature humaine, l’éthique, la morale et le comportement de ceux qui ont la responsabilité au plus haut niveau de l’éducation de tous nos enfants. Dois-je comprendre que la disparition de mon fils est une "fleur", une "chance" ? Que la loi ait prévu des dispositions dans ces circonstances n’est pas un hasard, mais que certains l’interprètent à leur manière m’indispose. Il est certain, que je ne partage nullement les valeurs qu’ils semblent porter dans les paroles qu’ils m’adressent. Respect, humanité, soutien des plus faibles, empathie, partage, rigueur, ... tout cela semble être des valeurs qu’on exige de nous, des enfants, mais pas d’eux-mêmes, surtout pas. Vous n’y pensez pas, "l’image" m’a-t-on dit !

Et "mes" élèves ? "Ce n’est pas votre problème"..."ils ont un enseignant" (peut importe qu’ils en changent plusieurs fois faute de...)... "vous n’avez rien à leur dire ni à leur devoir ni à eux ni à leurs familles".

Vous le comprenez à demi-mot, le combat pour moi n’est pas totalement fini. De l’éventuelle sanction, à la suppression de mon poste en passant par la réduction de ma rémunération et autres méandres procédurier, tout ceci sans aucun motif et n’ayant à ma connaissance aucun intérêt sauf celui de me nuire et encore... ce à plus ou moins long terme. Je passe sur les petites phrases du genre "on comprendrait si c’était sa maman/votre femme, mais pour un homme...". Comprenne qui voudra.

Bien sûr personne n’a jamais dit ça. Mes oreilles l’ont pourtant entendu. Le courage n’est plus une vertu.

L’avenir

Dans les activités nouvelles bien sûr il y a la sépulture de Mathieu. Si certains s’interroge sur l’absence de monument funéraire en "bon vieux granit bien de chez nous", je réponds de suite. Quoiqu’il arrive, la mécanique des sols nous interdit de faire quoique ce soit sous peine d’effondrement à plus ou moins long terme.

En attendant, j’ai, nous avons, donc décidé de l’agrémenter afin quelle soit accueillante pour tous ses visiteurs, nous compris. Au passage un petit clin d’œil à tous ceux qui s’y rendent occasionnellement ou régulièrement, qui arrosent ses fleurs, qui en déposent etc.

Dans un second temps, reste l’opportunité d’une éventuelle démarche pour faire reconnaitre l’erreur ou la négligence médicale dont Mathieu a été victime. Là aussi c’est un combat terrible qui nous obligerai à nous replonger dans tous les actes, les journées les plus difficiles de son traitement... à quoi bon ? Certes il y a d’autres enfants qui subissent encore le même sort, peut être le votre bientôt/encore cher lecteur qui sait ? Mais puisque cela n’intéresse personne...

En ce qui me concerne, malgré l’exposition liée notamment à ce blog, je préfèrerai rester/retourner dans l’ombre et apporter mes forces à ceux qui ont un courage et un charisme qui me dépasse grandement. Oui je fais allusion à toi Servanne, à toi Fatima et à d’autres que je ne connais pas...

La réalité

En terminant la rédaction de ce long billet, j’ai l’impression de ne pas avoir parlé de l’essentiel. Mathieu est toujours là en moi, partout, à chaque instant. Certes je suis encore presque incapable de regarder ses photos, encore moins les vidéos où il apparait. Et pourtant... Ses rires, ses questions, son dynamisme, son odeur, ses gestes protecteurs pour ses proches et notamment sa petite sœur qu’il se réjouissait de voir grandir comme lui, tout cela et bien d’autres choses me sont par leur absence autant de tortures qui sont là à chaque instant.

L’inquiétude de voir mes souvenirs s’effacer au fur et à mesure, ne laissant place qu’à ceux de ses derniers instants de vie dont les images surgissent comme autant de cauchemars au gré du temps.

Qu’il est difficile de savoir qu’on a accompli notre "devoir" et que pourtant nous ayons cet ignoble goût amer de l’inachevé.

A toi mon cœur, mon amour, pour toujours, je t’aime.